Maman équilibrée

Ce déclic qui a “artmonnysé” ma vie de parent!

“Artmonnysé” dans le titre se lit harmonisé. J’avais envie d’un clin d’oeil au nom de mon blog…

Je n’avais pas prévu d’écrire sur ce thème jusqu’à ce que Valentine, la blogueuse de parents en équilibre, lance cet évènement inter-blogueurs.

Le déclic qui a changé ma vie de parent m’a tellement sauté au visage et s’est imposé avec une telle évidence! Il fallait que je participe et écrive sur le sujet.

Cet article participe donc à l’événement “Ce Déclic qui a Changé ma Vie de Parent” organisé par Valentine Magnée, du blog Parents en Équilibre. J’apprécie beaucoup ce blog car Valentine écrit avec authenticité sur toutes ces thématiques que les parents traversent sans vraiment oser en parler. En exemple l’un de mes articles préférés : Parents: lequel de ces 4 mensonges ne vous concerne pas?

Comme nombre de jeune parent, j’apprenais chaque jour à me positionner face à mon nouveau-né devenu nourrisson puis bébé. J’avais à coeur d’être la maman parfaite, qui comprend son enfant et répond à ses besoins avant même qu’il ne les exprime. J’avançais sur ce chemin épuisant jusqu’à…

Le déclic qui a changé du tout au tout!

Je vous raconte l’histoire qui a créé le déclic et modifier le chemin sur lequel j’avançais.

Nous sommes en 2010, l’une de mes amies vient d’avoir, suite à une deuxième grossesse, une deuxième et troisième enfant. Je la visite pour la féliciter de l’arrivée de ses jumelles. Jusque là, tout va bien.

Après les échanges de mondanités habituelles je lui demande comment est-ce que cela se passe – des jumeaux – pas simple…

C’est alors qu’elle me raconte, avec un certain détachement, que cela va mieux depuis que ces petites filles ont failli mourir. Oui, vous me lisez bien ! Il y a bien dans la même phrase les mots “mieux” et “mourir”. Tout mon apprentissage réside dans cette apparente contradiction. Je m’explique.

Intriguée, comme vous pouvez l’imaginer, je lui demande de m’en dire plus. Comment peut-on bien aller après cela! Et même davantage! Aller mieux!

C’est alors qu’elle me raconte dans le détail. Ces petites sont âgées de quelques semaines, et son aîné d’à peine 2 ans. Au coeur de l’hiver, les jumelles attrapent une bronchite qui s’aggrave et devient bronchiolite. Leur respiration est difficile et après quelques jours de marathon médecin, pédiatre, kinésithérapeute, elle les conduit aux urgences. On lui rapporte alors que ces petites ne passeront peut être pas la nuit. Elles sont toutes petites et la bronchiolite les affaiblit fortement.

Je l’écoute les yeux écarquillés, le coeur battant! J’en ai d’ailleurs les mains moites en écrivant, 10 ans après. Elle me raconte qu’au final ces petites ont survécu, ce que je sais puisque je les vois, mais elle va me livrer bien plus que l’issue de cette aventure.

Elle a eu la grande générosité de m’offrir tout ce par quoi elle est passée en attendant le verdict final des médecins.

Tout d’abord elle s’est cru mourir elle-même.

A l’annonce de la phrase “nous ne savons pas si vos enfants vont passer la nuit” elle m’a livré que son coeur allait s’arrêter de battre. Elle ne voyait pas comment ce serait possible pour elle de continuer à vivre.

Porter ces enfants, les mettre au monde, les accueillir, les nourrir. Combler leurs besoins physiques et émotionnels toutes ces longues journées et nuits pour qu’au final, elles lui soient retirées? C’était inenvisageable. Les heures passaient et son sentiment s’accentuait jusqu’à devenir insupportable. Elle voulait mourrir aussi!

C’était trop dur, trop difficile de vivre! Impensable, inimaginable! jusqu’à ce qu’elle pense à son aînée. Cette petite puce qui elle, vivait, l’attendait, avait besoin d’elle.

Puis, pour ne pas devenir folle, elle a choisi de… Lâcher prise.

C’est alors, qu’elle s’est redressée, a senti une force la dépasser, a séché ses larmes, centré son regard et choisi de …. Lâcher-prise! Elle m’a dit avoir compris que ses enfants pouvaient mourir et c’était OK.

Nous donnons la vie à nos enfants mais leur survie ne dépend pas que de nous.

Voilà la magnifique leçon qu’Elodie m’a enseignée. Et 10 ans après, c’est cette histoire qui me revient lorsque l’on propose de raconter le déclic qui a changé sa vie de parent.

J’ai appris et intégré que je n’étais pas l’unique responsable de la survie de mes enfants. J’ai alors lâcher une ENORME pression à ce moment-là.

Le bébé être humain est une démonstration vivante de vulnérabilité. Il fait preuve d’une grande force et d’une absolue fragilité à la fois. Dépourvu de griffes, de poils, incapable de se déplacer, de se nourrir seul, le bébé être humain est le mammifère le plus mal préparé à la survie qui soit.

En qualité de parent, nous sommes responsables de lui apporter tant de soins et de précautions pour qu’il grandisse et s’épanouisse.

Avoir conscience de cela me mettait une incroyable pression. Cela demande de comprendre ce que bébé a, pour ensuite le combler – ce qui n’est pas toujours gagné.

Mon 1er déclic: J’ai appris à lâcher prise sur le résultat

Lâcher-prise a consisté pour moi à intégrer que ce qui importe c’est de faire de son mieux sans jamais mesurer le bienfait de ses actions au résultats produits. Autrement dit, j’ai beau faire de mon mieux, il n’y a aucune garantie sur ce que cela produira.

Ainsi j’ai cessé de penser:

  • J’allaite mes enfants, ils ne seront donc jamais malades,
  • Mes enfants sont portés toute la journée et une bonne partie de la nuit, donc ils seront sûrs d’eux quand ils seront grands,
  • Leur papa et moi leur permettons le co-dodo à la demande donc ils n’auront jamais peur d’être seuls,
  • Ils fréquentent des établissements Montessori donc ils seront forcément adaptés au monde de demain,
  • Nous les aimons inconditionnellement donc, ils seront forcément heureux.

Je pourrai continuer encore longuement cette série d’intentions créant des conséquences. Toutes les secondes parties de phrases sont des incertitudes. Voilà ce que j’ai lâché – pour mon plus grand bien et celui de ma famille.

Mon 2ème déclic: Un peu d’humilité!

Je n’aurai pas non plus imaginé que l’on puisse mourir d’une brionchiolite au XXI ème siècle, dans la 2ème ville de France. Cela m’a aussi remplie d’humilité. Tant de femmes ont, pendant tant d’années, perdus tant d’enfants… J’avais tendance a relégué cette épreuve au passé…

A ce propos je vous conseille la lecture d’un excellent ouvrage Les 12 tribus d’Hatie dont le premier chapitre raconte magnifiquement le drame d’une maman qui tente désespérément de sauver ces petits qui se meurent d’une brionchiolite. La fin ne sera pas aussi heureuse.

Gare de Philadelphie, 1923. La jeune Hattie arrive de Géorgie en compagnie de sa mère et de ses sœurs pour fuir le Sud rural et la ségrégation. Aspirant à une vie nouvelle, forte de l’énergie de ses seize ans, Hattie épouse August. Au fil des années, cinq fils, six filles et une petite-fille naîtront de ce mariage. Douze enfants, douze tribus qui égrèneront leur parcours au fil de l’histoire américaine du XXe siècle. Cette famille se dévoile peu à peu à travers l’existence de ces fils et de ces filles marqués chacun à leur manière par le fort tempérament d’Hattie, sa froide combativité et ses secrètes failles.

J’ai appris le détachement et l’inopérance de la toute-puissance maternelle.

Décider d’avoir un enfant, c’est accepter que votre cœur se sépare de votre corps et marche à vos côtés pour toujours. 

Katharine Hadley

La toute puissance maternelle peut consister à s’imaginer avoir tous les pouvoirs sur la vie, la mort de nos enfants et plus proche de notre quotidien sur leur bonheur! Je me détache de cette idée. Si elle peut paraître fondée sur de bonnes intentions, elle est un frein à l’épanouissement de nos enfants.

Comme je l’ai déjà écrit, mes enfants ne seront pas mon bâton de vieillesse. Pour en savoir plus, vous êtes libres de lire 100 jours de maternage proximal – intensif!

Mes enfants ne sont pas mes enfants

Je terminerai cet article par le somptueux poème de Khalil Gibran qui a éclairé le chemin de parents que j’ai, depuis ce déclic, choisi d’emprunter:

Vos enfants ne sont pas vos enfants

Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées, car ils ont leurs propres pensées. Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes, car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves. Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous. car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés. L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance pour que Ses flèches puissent voler vite et loin. Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie ; car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

Merci à Elodie pour sa sincérité et ce beau moment de sororité alors partagé! Il aura influencé mon rôle de mère à jamais.

Et vous? Quel déclic, aura durablement influé sur votre rôle de parent?

Sonnya

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13 réflexions au sujet de “Ce déclic qui a “artmonnysé” ma vie de parent!”

  1. Waouh. Ton article m’a fait percuté ce que tu avais compris toi aussi. Je vais noter cette phrase “Nous donnons la vie à nos enfants mais leur survie ne dépend pas que de nous.”. Cela me donne vraiment un sentiment de lâcher prise.
    Pourtant je le sais déjà, mais là je l’entends vraiment (enfin je lis mais bon… =) ). Percuté dans ma tête, c’est vraiment ce que je ressens, donc merci beaucoup pour ce partage. ❤️❤️❤️

    1. A mon tour de te dire Waouhhh! Que mon déclic ait pu t’en faire un, me touche beaucoup. Je suis pleine de gratitude car c’est vraiment la raison d’être de mon blog. Toucher, transmettre, surprendre, inspirer, susciter le déclic. Merci pour ton magnifique retour!

    1. Merci à toi Valentine pour cet évènement qui j’en suis certaine permettra d’aboutir à une ressource co-écrite, inspiratante pour nombre de parents et futurs parents.

  2. Ton témoignage est très touchant. J’ai beaucoup d’admiration pour cette maman qui a réussi à lacher prise alors que ses enfants étaient entre la vie et la mort. J’essaie aussi de lacher prise au quotidien mais face à une telle épreuve, je ne sais pas si je ferai preuve d’autant de sagesse…

  3. Merci pour ce partage. Malheureusement, la perte d’un enfant arrive bien plus souvent que nous ne le pensons (trop souvent), même dans notre monde hyper médicalisé et hyper contrôlé. Il m’arrive d’accompagner des parents qui savent que le bébé qu’ils portent n’est pas viable ou ne vivra pas longtemps. Ils sont alors face à des choix extrêmement difficiles et ont besoin de tout notre soutien, quel que soit leur choix, quelle que soit l’issue.

  4. Merci pour ce témoignage poignant. C’est une vrai force de réussir à relativiser à ce point lorsque le destin de son enfant ne tient plus qu’à un fil.
    C’est souvent dans des événements très durs que l’on réalise des choses inouïes. En tout cas je ne sais pas si je serai capable de lâcher prise comme Elodie…

    Pour lâcher prise plus facilement, je m’emploie à accorder plus de confiance dans les ressources et capacités de mes enfants : )

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